Périodes
Types de vestiges

La ville de Vorgium-Carhaix a semble-t-il été construite sur un lieu vierge de vestiges. La réutilisation de pierres de bâtiments anciens est alors peu envisageable et le secteur est pauvre en granite, roche utilisée pour les constructions. En 1996, Marcel Tuarze envisage qu'elle puisse provenir de la carrière de Locuon.

Un choix de taille

La conquête romaine amène une modification du territoire armoricain, et notamment celui des Osismes. Ceux-ci voient la création d’une capitale, Vorgium, et la désertion progressive des anciens centres urbains de Huelgoat et de Paule.

Pour fonder une ville, il faut de la pierre, ou plutôt des pierres. L’utilisation des pierres locales comme le grès et le schiste ardoisier est attestée pour les éléments en petit appareil ou les dallages. Les blocs de construction, en gros appareil, sont en granite à grain fin, et leur étude indique qu’ils proviennent du massif de Langonnet.

Le choix de ce granite spécifique et plus lointain s’explique par son grain moins grossier que ceux des massifs plus proches de Carhaix. Sa nature ferme à dure le rend également plus facile à tailler, sa production est alors plus rapide et moins onéreuse.

Des pierres, des pierres, oui mais des granites

La carrière de Locuon est connue depuis longtemps, la chapelle Notre-Dame-de-la-Fosse est implantée sur un de ses flancs depuis le XVIIème siècle. Mais il faut attendre Marcel Tuarze, archéologue, pour qu’une première hypothèse d’exploitation antique soit émise. Seulement, la datation d’une carrière n’est pas aisée surtout quand elle a été exploitée sur plusieurs périodes.

La couleur spécifique du granite de Locuon, pâle et blanc, ainsi que sa composition à grains fins rappellent les pierres utilisées à Vorgium. Les études ont montré qu’elles étaient identiques. Les similitudes des traces d’outils sur la pierre entre les deux sites accréditent l’hypothèse que la carrière de Ploërdut soit le lieu d'origine de ce matériau.

La faible distance de 27 km, le dénivelé peu important, le gain de temps et d’argent pour tailler ce granite… tous les éléments sont en faveur pour conclure que la carrière de Locuon fut exploitée à l’époque romaine, lors de la construction de la capitale Osisme. Elle fournissait les pierres en gros appareils, transportées par voie terrestre et utilisées pour les éléments architecturaux de la ville. Les éléments de tailles plus modestes, utilisés pour les fondations ou les décors, étaient en grès ou en schiste local, ou en marbre et calcaire importé.

Locuon, piégé dans la pierre. CLiché J.-Y. Eveillard
Locuon, autel gallo-romain christianisé. Cliché J.-Y.Eveillar
Locuon, Chapelle, vierge et carrière. Cliché D. Aubin
Locuon, Notre-Dame-de-la-Fosse. Cliché D. Aubin
Locuon, D. Aubin, 2011

Propriété publique.

Site accessible au public.

J.-Y. Eveillard, L. Chauris, Y. Maligorne, M. Tuarze, La pierre de construction en Armorique romaine : L’exemple de Carhaix, éd. CRBC, Brest, 1998

J.-Y. Eveillard, Y. Maligorne, « L’approvisionnement en pierre de Vorgium-Carhaix : un état de la question », dans La pierre dans la ville antique et médiévale. Actes du colloque d’Argentomagus Tours, supplément à la Revue archéologique du centre de la France, 18, 2000, pp. 61-74

J.-Y. Eveillard, L. Chauris, Y. Maligorne, « Extraction et utilisation des granites en Armorique romaine. L’exemple de la carrière de Locuon en Ploërdut (Morbihan) », dans Gallia, 59, 2002, pp. 133-143